Sortir vivant d'un naufrage et de trois prisons ne libère pas l'esprit si les cris des disparus demeurent prisonniers du silence.
J'ai longtemps cru que survivre suffirait. Que marcher, respirer, manger chaque jour constituerait une victoire complète sur tout ce que j'avais traversé. Je me trompais. Il existe une dette qu'aucune reconstruction matérielle ne peut effacer : celle qu'on doit à ceux qui n'ont pas eu la chance d'arriver.
Une dette envers les disparus
Au SED, pendant neuf mois de détention secrète, j'ai partagé une cellule avec des hommes dont je ne connaîtrai jamais le nom de famille. Certains sont sortis brisés. D'autres ne sont pas sortis du tout. Sur la route de l'exil, à travers vingt et un pays, j'ai vu des visages disparaître dans la nuit, avalés par le désert ou par la Méditerranée. Sfax n'a pas seulement failli m'emporter — elle a réellement emporté des gens que je connaissais.
Écrire n'était pas une ambition littéraire. C'était une obligation morale envers ceux dont je suis peut-être la seule mémoire vivante.
Le poids du témoignage
Chaque nuit d'écriture, entre deux services en cuisine, je me suis demandé si j'avais le droit de raconter leur histoire à travers la mienne. J'ai fini par comprendre que ne pas le faire aurait été une trahison plus grande encore. Ce livre porte leurs voix autant que la mienne.
« Sortir de la nuit ne suffit pas : encore faut-il consigner la trace des disparus et des épreuves. »
WHAT NEXT ? n'est donc pas seulement le récit d'une traversée. C'est un pacte scellé avec ma propre conscience, au sortir des prisons — la promesse de ne jamais laisser l'oubli remporter la dernière manche.