Quand l'horizon est bouché par la brume de l'inconnu, avancer d'un seul centimètre est déjà une victoire colossale.
Il y a une question que je reçois souvent depuis la parution du livre : comment fait-on, concrètement, pour continuer, quand on ne sait absolument pas ce qui nous attend le lendemain ?
La compartimentation du temps
Dans le désert, entre le Nigeria et les côtes tunisiennes, il était impossible de penser à « demain » sans être submergé. J'ai appris à réduire mon horizon mental à l'heure présente, parfois à la minute présente. Survivre à midi. Puis survivre jusqu'au soir. Cette technique, née de la nécessité pure, s'est révélée être une véritable discipline mentale : ne jamais porter le poids de l'inconnu entier sur ses épaules d'un seul coup.
La visualisation de buts précis
Pendant les neuf mois de détention secrète au SED, dont trois mois de coma, je me suis accroché à des images très concrètes — pas des rêves abstraits de liberté, mais des scènes précises : revoir le visage de ma mère, sentir l'odeur d'une cuisine en activité, tenir un livre publié entre mes mains. Ces images précises, répétées mentalement, sont devenues des ancres.
Le refus de l'apitoiement
Ce n'est pas de l'insensibilité. J'ai pleuré, j'ai douté, j'ai eu peur — au large de Sfax, dans les cellules, à l'annonce du refus de l'OFPRA. Mais je me suis interdit de rester dans cet état plus longtemps que nécessaire pour le traverser. L'apitoiement prolongé consomme une énergie dont on a besoin pour le pas suivant.
« Les nuits d'angoisse en prison et les doutes déchirants : méthode éprouvée sous les pires tourments de l'existence. »
Ces méthodes ne suppriment pas la douleur. Elles la rendent traversable.